🇬🇧 EN | 🇪🇸 ES | 🇫🇷 FR

Projet Barley

Fin janvier, j’ai décidé de me plonger à fond dans le monde du Web 3.0 et de la blockchain, avec l’idée de créer ma propre cryptomonnaie.

J’avançais vite, j’apprenais des concepts de partout et j’avais mille idées à implémenter… mais je revenais toujours au même point : une idée ici, un autre concept là. J’accumulais des idées, sans passer à l’action.

Je me suis posé la question classique : Why (voir : Start with a Why). Et c’est là que j’ai compris quelque chose d’important.

Je ne commençais pas parce que je me disais qu’il fallait faire les choses bien. Si je devais lancer une monnaie, il fallait que ce soit bien fait. Après tout, c’était mon image, non ?

Le problème avec cette mentalité, c’est que j’apprenais énormément, j’accumulais de l’information, j’apprenais encore et encore… mais je me disais toujours que j’appliquerais tout ça à la fin de l’année.

J’ai commencé à me frustrer. Je voulais passer à la création, mais ma propre tête me bloquait parce que je sentais que je n’étais pas encore prêt. J’avais les idées à 60%, mais il me manquait ces 40%.

Je ne commençais pas parce que je me disais qu’il fallait que ce soit « bien fait ». Si je devais lancer une monnaie, il fallait qu’elle soit parfaite, non ? Au final, c’était mon image… du moins c’est ce que je croyais.

Alors je me suis rappelé d’une phrase qui m’a marqué adolescent, attribuée à Mohamed Ali :

« Sauter dans l’eau cinq minutes plus tard ne la rendra pas plus chaude. C’est une fois dedans qu’elle cesse d’être froide. »

Je ne suis même pas sûr qu’Ali ait réellement dit ça, mais à chaque fois que je procrastine, je repense à cette phrase.

Un autre exemple qui m’est venu en tête en écrivant ce post est l’anecdote de Picasso.

Il a fait un petit gribouillage sur une serviette en buvant un café, puis l’a glissée dans sa poche. Une femme l’a vu, s’est approchée et lui a demandé si elle pouvait l’acheter. Picasso a répondu :
— Ok, ça fera 5 000 euros.
La femme, surprise, lui répond :
— Mais ça ne t’a pris que 15 minutes ?
Et Picasso répond :
— Ça ne m’a pas pris 15 minutes. Ça m’a pris 60 ans.

Je ne sais pas si l’histoire est exactement vraie, mais je l’aime bien parce qu’elle illustre parfaitement l’idée : la quantité finit par créer la qualité.

On pensait avant que les artistes avaient un « don ». Personnellement, je pense que Picasso pouvait faire ça parce que pendant ces 60 années, il a produit énormément d’œuvres qui n’étaient pas si bonnes. Comme on dit en espagnol : c’est la pratique qui fait le maître.

J’ai réfléchi à tout ça pendant plusieurs heures. Le déclic est arrivé quand, pour la cinquième fois, j’ai recherché l’exemple des pots en céramique que deux groupes d’étudiants devaient fabriquer.

Je l’ai trouvé dans Art & Fear et il apparaît aussi dans Atomic Habits. Si tu n’as pas le temps de lire les livres, voici l’idée essentielle :

(les images, je les ai faites avec Dezgo et une autre IA, donc n’attendez pas une grande illustration 😅)


Un professeur a divisé la classe en deux groupes : Le groupe de gauche serait noté uniquement sur la quantité — plus ils produisaient, mieux c’était. Le groupe de droite serait noté uniquement sur la qualité — une seule pièce parfaite suffisait pour avoir la meilleure note.

Pendant le cours, le groupe quantité n’a jamais arrêté de produire : ils testaient, se trompaient, ajustaient leurs techniques et apprenaient dans le processus. Leur objectif était de produire beaucoup, expérimenter et s’améliorer à chaque tentative.

Le groupe qualité, lui, passait son temps à théoriser sur la pièce parfaite et à attendre le bon moment. Résultat : peu d’essais et beaucoup d’idées jamais concrétisées. Les erreurs visibles de l’autre groupe étaient en réalité leur école pratique.

À la fin, les meilleures pièces venaient du tas du groupe quantité. La leçon est claire : produire beaucoup, échouer et apprendre mène à l’amélioration. La recherche de perfection paralyse.

Quantity leads to quality.


En repensant à cette histoire, j’ai pris une décision importante : arrêter la théorisation infinie. Juste faire quelque chose, voir les erreurs, apprendre, améliorer, puis passer à la version suivante.

Comme le disait Nelson Mandela :
« Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. »

Projet Barley

Après avoir pensé que ma monnaie porterait le nom d’un bois spécial (détails pour plus tard), j’ai compris qu’avant d’en arriver là, je devais créer quelque chose qui prenne moins de temps qu’un tronc d’arbre, et qui, comme le bois, soit renouvelable et historiquement utilisé comme moyen d’échange de valeur.

(L’idée de « renouvelable » est que le projet doit être reproductible par n’importe qui. Ça prendrait du temps, mais ce serait reproductible et sans limite de supply.)

Et après quelques minutes de réflexion, c’est devenu évident : Barley (le blé).

Je ne vais pas entrer dans l'historique de l'utilisation du blé dans les économies anciennes, mais cela correspondait parfaitement à ma métaphore de la construction d'une monnaie en évolution au fil du temps.

La première chose que je me suis fixée, c’était une deadline : 1er mars.

Ensuite, j’ai simplement fait un brouillon de certaines choses que je connaissais déjà et préparé un planning.

Comme c’était la première monnaie digitale que j’allais créer et que je n’avais qu’un mois (février), j’ai dû prendre une décision :

même si je n’aime pas du tout la centralisation, j’allais devoir concevoir un système largement géré par moi.

Pour respecter la deadline, au lieu de créer quelque chose où n’importe qui pourrait rejoindre à tout moment, créer des nœuds, faire de la promo, etc, j’ai choisi quelque chose de beaucoup plus simple :

Commencer avec 5 amis pendant les deux premières semaines, puis en ajouter 5 autres pendant le reste du développement.

Le projet durerait 10 semaines. Chaque semaine, une supply de 10 coins serait ajoutée au compte principal du projet et, selon les paramètres définis ou les transactions réalisées, j’exécuterais moi-même les transactions sur la blockchain.

Pour garantir qu’il y ait des échanges entre les participants, j’avais prévu de mettre en place des jeux évolutifs en difficulté et des challenges où ceux qui les réussissent seraient récompensés. Ceux qui apportent des idées ou du travail utile seraient valorisés, et chaque participant pourrait proposer des biens ou des services, fixer un prix et négocier avec les autres.

L’idée était très bonne, évidemment.

Mais il y avait un gros problème :

Comment diable j’allais rendre tout ça possible ?
Comment j’allais créer une blockchain ?
Comment j’allais sécuriser les adresses ?
Comment j’allais implémenter les fonctions de hash, le mempool, la gestion des clés et surtout la cybersécurité ?
Comment j’allais mettre en place le protocole de validation et l’échange de messages entre des personnes qui ne se connaissaient pas ?

Un million de choses à faire… et que je n’avais jamais faites de ma vie.

Mais c’était justement ça, l’objectif : commencer de zéro, même sans avoir encore les connaissances ou l’expérience suffisantes.


Ce pseudo-texte a été écrit le 1er février. Petit à petit, j’ajouterai les nouveautés du projet.

En attendant, tu peux aller voir le whitepaper que j’ai déjà commencé à écrire ici :
[Lien vers le white paper]



Juste avant de publier ce post, je le montrais à un ami qui étudie la médecine et qui est à fond dans les neurosciences. Il m’a expliqué quelque chose qui colle parfaitement avec cette idée. La première fois qu’on fait quelque chose de nouveau, l’amygdale (la partie du cerveau liée à la peur et à l’alerte) s’active et notre corps l’interprète presque comme une menace. Mais quand on répète la même action plusieurs fois, le cerveau commence à reconnaître la situation comme un terrain familier et arrête de déclencher cette alerte. La difficulté réelle ne change pas… ce qui change, c’est notre perception de la difficulté. C’est pour ça que les militaires, les sportifs, les pilotes ou même les chirurgiens répètent les mêmes gestes encore et encore : pas seulement pour améliorer la technique, mais pour que, le jour du vrai challenge, le cerveau dise simplement : « ça, je connais, je peux gérer ».

Tanx Geor… 😉